Lucie Delarue-Mardrus, portrait de l’artiste en icône des Lettres, par Gabrielle Réval

Drôle de portrait, qui ne retient, dans un ouvrage pourtant voué à honorer la personne et l’œuvre de femmes de lettres de premier plan, que les aspects les plus anecdotiques et les plus sages d’une autrice qui n’eut de cesse de les contredire. Pourquoi le reproduire ici, dès lors ? Parce qu’il est représentatif de préjugés et de poncifs d’époque contre lesquels devaient lutter sans cesse celles qui prétendaient exister et se réaliser au travers de leur plume. Comment imaginer que Gabrielle Réval, femme elle-même, ait bien saisi la personnalité et le propos de l’auteure de ‘La Pirane’, alors qu’elle en dresse un portrait si superficiel et frelaté qu’il aurait pu être signé par un homme ? Et s’il faut au final lui trouver un destin, c’est celui d’une continuatrice de l’œuvre de… la reine Mathilde, qui retraça, l’aiguille à la main, les exploits de son conquérant de mari sur la célèbre tapisserie de Bayeux. Pas sûr que ce panégyrique ait à l’époque fait le bonheur de Lucie…

  Il se peut que Lucie Delarue-Mardrus aille un jour faire des conférences en Amérique. Je lui conseille, à ce moment-là, de souffler à son manager : — Ne dites pas aux Américains que je suis une femme célèbre en mon pays, mais dites-leur que, de toutes les poétesses, je suis celle qu’on a le plus […]

Georges Eekhoud, écrivain de la ferveur, par Émile Verhaeren

Voilà trop longtemps que l’antre de l’ours danseur est resté vide pour cause de suractivité chronique. La sortie récente de l’anthologie ‘Quand l’amour déraille’ chez Flatland offre à l’ursidé dansant le prétexte tout trouvé pour sortir de son hibernation laborieuse. L’occasion de sortir des greniers numériques et de dépoussiérer quelques morceaux affriolants au sujet des quatre auteurs réunis dans cet ouvrage. Comme dans l’antho, c’est de Georges Eekhoud dont il sera d’abord question, avec un texte fort pertinent (pour qui connaît l’œuvre d’Eekhoud) de son ami Émile Verhaeren.

  ‘L’œuvre de Georges Eekhoud’, de Maurice Bladel, paru à la Renaissance d’Occident (Bruxelles) en 1922, ne manque certes pas d’intérêt pour qui veut s’initier à la vie et à l’œuvre du chantre de la Campine anversoise. Même si l’auteur n’échappe pas aux pièges de l’hagiographie, le livre fourmille en effet de détails biographiques sans […]

Terreur dans les airs, Thomas Hood, 1821

Le court récit que vous allez lire a ceci d’intéressant qu’il doit être l’un des premiers – sinon le premier – à avoir exploré outre-Manche les possibilités dramatiques offertes par le développement de l’aérostation. Il précède de trente années ‘Un drame dans les airs’, l’une des premières nouvelles du jeune Jules Verne, et si rien ne prouve que celui-ci en eut connaissance, on ne peut que noter certaines similitudes d’inspiration. William Pattrick, qui fait figurer ‘Terreur dans les airs’ en ouverture de son anthologie ‘Mysterious air stories’ (1986), explique qu’il fut publié à Londres « dans les premières années du dix-neuvième siècle, quelque temps après que Vincenzo Lunardi ait effectué le premier vol en ballon depuis le sol anglais, à Chelsea, en 1784. L’intérêt du public pour l’aérostation attira l’attention de Thomas Hood (1799-1845), écrivain satyrique merveilleusement inventif, qui connut en 1821 un grand succès en publiant ce texte dans les colonnes du London Magazine. En dépit de ses problèmes de santé et de sa difficulté à joindre les deux bouts, il avait pour se documenter risqué sa vie lors de plusieurs ascensions en ballon avant de rédiger ce conte. »

  Je tiens l’histoire suivante de la bouche même d’un célèbre aéronaute, qui me l’a confiée à peu près dans les mêmes termes. J’ai effectué plusieurs ascensions depuis Vauxhall. Lors de l’une d’elles, un gentleman du nom de Mavor devait m’accompagner dans cette petite excursion aérienne. Le moment venu, cependant, ses nerfs durent le trahir, […]

Election du C.A. du RAAP : 567 mercis !

Hier se déroulait au siège du RAAP/IRCEC à Paris le dépouillement des bulletins de vote de l’élection des nouveaux administrateurs et administratrices du C.A. Je vous ai suffisamment cassé les pieds sur ce blog avec cette échéance pour vous en donner ici les résultats. Les artistes-auteurs ne peuvent que se réjouir de la déroute de l’ancienne majorité (edit) dont les principaux membres (président compris) ne récupèrent pas leur poste de titulaire. Par ailleurs, l’intersyndicale opposée à la « réforme à 8% » imposée par l’ancienne majorité (edit) a réussi à faire élire 8 de ses candidats (sur 12) aux postes de titulaires, ce qui constitue une complète inversion du rapport de force au sein de ce nouveau CA, et le signe le plus tangible de la colère des artistes-auteurs et de leur refus de voir leurs conditions d’existence se dégrader continuellement.

A titre plus personnel, je remercie très chaleureusement chacune et chacun des 567 écrivains-traducteurs-trices ayant coché la case qui figurait devant mon nom sur leur bulletin de vote, ce qui m’a permis d’arriver deuxième et d’être élu au poste de titulaire pour ce collège. Je déplorais dans un de mes premiers billets consacrés à cette […]

Mise en chantier de ‘L’Arche’ d’André Arnyvelde

Le chantier du Novelliste #01 bel et bien achevé s’ouvrent déjà ceux qui devront trouver leur achèvement dans le premier semestre de l’année prochaine. Parmi ceux-là, il en est un qui me tient particulièrement à cœur : la réédition de ‘L’Arche’, le grand-œuvre lyrique et jubilatoire d’André Arnyvelde, écrit dans les tranchées de 14, paru en 1920, et qui fut cette année-là parmi les finalistes du Goncourt. Cela commence comme un chant d’amour à une femme, Henriette Sauret, compagne des jours de paix, et cela se poursuit, sous la conduite de la figure fantasmée de l’Arcandre, comme une déclaration d’amour à l’univers, à la vie, à la joie, au bonheur d’exister. Pour résister à la géhenne guerrière et croire encore qu’il y aurait un lendemain, à un homme, à un écrivain tel que celui-ci il fallait bien cela. Toutes proportions gardées et sachant que tout oppose ces deux auteurs, ‘L’Arche’ est à Arnyvelde ce que ‘Les poulpes’ sera, au conflit suivant, à Raymond Guérin.

  En attendant avril 2018 et la sortie, donc, de cette nouvelle édition (la troisième, après l’originale en 1920  à la Société mutuelle d’édition, puis la première réédition par Pierre Versins au club Futopia en 1961) commencent les travaux préparatoires lancés par la découverte fortuite, le week-end dernier, de l’image qui illustrera la couverture. Il […]

Un antre numérique pour Le Novelliste

Le numéro #01 du Novelliste sera mis en vente cette semaine, le vendredi 8 décembre, mais d’ores et déjà il est possible de s’en faire une idée en visitant le site sur lequel la revue sera commercialisée (description, photos et extrait en PDF). Les curieux pourront également y prendre connaissance du contenu des deux prochains numéros et des projets associés du Novelliste pour l’année 2018. Une adresse à retenir, en somme.

  C’est ici que l’on entre dans l’antre. L’année 2018 commencera pour le Novelliste par la parution, en février, d’une anthologie thématique intitulée Quand l’amour déraille. Au programme, noires romances et mélos d’enfer signés Georges Eekhoud, May Sinclair, Lucie Delarue-Mardrus, Jules Lermina et Émile Masson. En avril suivra la réédition de L’Arche (1920), le grand […]

CSG : une demi-mesure provisoire ne répare pas une injustice, encore un effort madame la ministre

Le couperet ministériel est donc tombé : une solution a été trouvée pour compenser intégralement la hausse de la CSG pour les artistes-auteurs. Ah ? Très bien… Quelle est-elle ? Ben… après avoir relu trois ou quatre fois le communiqué de presse censé nous l’apprendre, j’en suis encore à me le demander. Ce qui semble sûr, c’est que la solution tant attendue ne sera ni pérenne ni pour tous les artistes-auteurs. À ce niveau de flou dans la communication, on ne peut qu’interpréter la trop vague parole ministérielle. Ce que tente de faire le SELF, dont je reproduis ci-dessous un communiqué sur le sujet diffusé hier.

  Par un communiqué de presse en date du 29 novembre, Mme Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a annoncé avoir trouvé « une solution permettant de garantir aux artistes-auteurs un maintien de leur pouvoir d’achat dans le contexte de hausse de la CSG ». La ministre se félicite en outre « de cette solution et remercie chaleureusement […]

Hausse de la CSG compensée pour les artistes-auteurs : c’est dans la poche ?

L’Assemblée nationale va examiner en deuxième lecture, les 27, 28 et 29 novembre, le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2018. On respire un peu mieux, du côté des artistes-auteurs, depuis qu’un amendement a été introduit et voté au Sénat pour faire en sorte que l’augmentation de leur CSG soit compensée par une baisse de la cotisation retraite pour tous. Dans la foulée, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a fait savoir par communiqué de presse qu’elle se rangeait à l’avis des sénateurs et soutiendrait cet amendement. Cette solution était celle que préconisait l’USOPAVE (Union des Syndicats et Organisations Professionnelles des Arts Visuels et de l’Ecrit, dont le SELF est membre) et pour laquelle elle avait effectué un important travail de sensibilisation à l’Assemblée nationale, puis au Sénat. Tout serait-il donc à présent pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Pas tout à fait. Il serait prématuré de crier victoire, sachant que tout est toujours possible en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, qui aura le dernier mot. Il serait quand même stupéfiant (et pour le moins inquiétant pour le monde de la Culture) que le gouvernement, à l’encontre de l’avis exprimé publiquement par Françoise Nyssen, […]

Les drôles de manières de M. RAAP

Il semble que l’on s’intéresse à ce renouvellement pourtant pas très glamour du CA du RAAP. C’est une bonne nouvelle, qui ne peut que réjouir tous ceux qui ont été outrés, l’année dernière, par les manières de monsieur RAAP, décidé à imposer envers et contre tous sa fameuse « réforme » à 8 %. Simultanément, un certain nombre de questions se posent sur le scrutin et la manière dont il est orchestré. De bonnes questions, qui appellent quelques réponses.

  Pourquoi seulement 4 noms pour 4 postes à pourvoir ? On ne peut faire porter à M. RAAP tous les péchés du monde. S’il n’y a que quatre candidats dans le collège « écrivains et traducteurs littéraires », c’est avant tout parce qu’il y a eu un déficit de candidatures dans nos rangs. Certes, pour être validés […]

Le Novelliste #01 : compte à rebours enclenché

L’équipe est affairée. On peaufine les derniers détails, retouche les ultimes pétouilles, rectifie les coquilles retorses, corrige les erreurs sournoises, remanie le chemin de fer, complète l’ours… Le premier numéro du ‘Novelliste’ sortira bien comme prévu en novembre. Quant à vous annoncer une date précise…

  Il se pourrait (nous faisons tout pour cela) que quelques exemplaires soient disponibles aux Rencontres de l’Imaginaire à Sèvres le 26 novembre. Mais comme il est hors de question de sacrifier la qualité du produit final uniquement pour respecter une date symbolique, aucune garantie ne peut être donnée. S’il faut attendre début décembre pour […]