Pensées centenaires de Karin Boye (2)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 8 mai 1917, Karin Boye écrit dans son cahier : Chacun devrait passer quotidiennement un instant à se recueillir. Que l’on croie en Dieu ou pas, qu’on espère en une vie après la mort ou non, cela importe peu. Il suffit de faire la paix en soi-même, d’écarter toute autre pensée pour ne laisser […]

Pensées centenaires de Karin Boye

Le 17 avril 1917 est un mardi, en Suède comme ailleurs. Karin Boye, alors âgée de seize ans et demi, ouvre un cahier et inscrit « TANKEJOURNALEN » en haut de la première page, en capitales déterminées. D’autres jeunes filles décideraient d’entamer un journal intime pour y noter les détails secrets de leur jeune vie bourgeonnante. Quant à elle, ce sont les pensées qui se bousculent sous son crâne ‒ parfois lumineuses, parfois étranges ‒ qu’elle décide de consigner.

  Peut-être a-t-elle déjà décidé de devenir écrivain et sait-elle qu’il vaut mieux ne pas laisser filer ces fulgurances susceptibles de constituer les premiers matériaux de ses travaux. Peut-être, tout simplement, agit-elle instinctivement, sans trop savoir pourquoi. Quoi qu’il en soit, durant cinq années, jusqu’au 19 avril 1922, elle se pliera à cet exercice, non […]

Les tricoteuses du temps

Les vieux trucs, un jour il faut s’en débarrasser, surtout lorsque l’on tombe par hasard sur l’illustration qui va bien.

  Les temps étaient ainsi. Tout se dissolvait ainsi. D’où cette impression de n’être que tricot abandonné, qu’une main leste et impérieuse aurait démonté. Autour des tricoteuses du temps qui perpétuent leur ouvrage, il est dans le souvenir de chacun des sourires, des horloges débonnaires, de gros poêles rougissants, d’onctueux relents de café au lait, […]

Ou presque

Vanitas vanitatum, omnia vanitas & tutti quanti.

  je cherche l’accord parfait la note ultime l’harmonie imparable je voudrais écrire le syntagme absolu en lui-même autonome et stable libéré de toute tutelle perceptrice ou émettrice je sais qu’elle doit venir la séquence idéale puisque tant de livres déjà écrits et tant d’autres oubliés ne l’auraient pas été dans un autre but orgueil […]

Polis comme galets par le temps

Parmi mes poèmes accumulés au fil du temps, celui-ci occupe une place particulière, puisqu’il fut longtemps le seul à avoir été publié, par mon camarade Jacques Barbéri, dans une revue numérique aujourd’hui disparue. La découverte fortuite de cette belle toile anonyme, qui me semble l’illustrer à merveille, me donne l’occasion de le recaser ici. Il faudra vous y faire : si les muses pouétiques vous insupportent, il vous est toujours possible de zapper (émoticone kiki, hi, hi, hi).

  une force éparpille nos vies de nous se joue comme de billes roulant doucement vers un gouffre où choses, bêtes et gens glissent pas un ne sait qui nous lance ni pourquoi nous roulons vers l’abîme car nul ne remonte à la source d’où toute vie procède et coule les unes dévalent en silence […]

Mille dollars par jour ! par Adeline Knapp, 1893

Une nouvelle chaque mois, ça vous dit ? En prélude et en bonus au numéro deux d’OL’CHAP qui se fait attendre, je suis heureux de pouvoir initier cette formule avec Adeline Knapp, pour la première fois traduite en français avec ce texte. À une question que bien peu se posent ‒ ‘Que vaut l’argent ?’ ‒, l’auteure a le mérite de répondre sans ambiguïté ‒ ‘Rien du tout !’ ‒, non sans une certaine finesse et avec une implacable logique. Il va sans dire que bien plus qu’une contribution au débat actuel sur le revenu universel (ce qui n’aurait aucun sens étant donné la date de publication), cette nouvelle nous invite à faire un pas de côté en réfléchissant à ce que pourrait être un monde débarrassé de ce tyran de papier, le fric roi, pour peu que nous le voulions. Et pour une présentation plus poussée d’Adeline Knapp et de son œuvre, rendez-vous dans ‘La machine récalcitrante et autres fables sociales’, son recueil de nouvelles à paraître en OL’CHAP fin février.

  « Ce dont nous avons besoin, lança l’orateur du mouvement contre la pauvreté, c’est d’une répartition équitable des richesses. Le maudit rentier, l’aristocrate aux mains blanches, le politicien spoliateur du bon peuple – tous doivent s’effacer ! Nous voulons un partage de l’argent et des fruits de la terre qui fera de chaque homme un être […]