Au sommaire du prochain Novelliste

À présent que le chemin de fer est dûment constitué, le numéro deux du ‘Novelliste’ est sur les rails – plein comme un œuf, plus encore que le premier. Faute de pouvoir pousser les murs (le nombre de pages reste identique) il a fallu canaliser l’éloquence de l’éditorialiste, réserver les versions longues des bio-bibliographies des artistes et auteurs au site internet, et réduire le corps (des textes de non-fiction uniquement, rien ne bouge pour les nouvelles). Résultat : 100 000 signes de lecture supplémentaires et davantage d’illustrations, pour le même prix.

  Quelques beaux rendez-vous au programme : la longue novella de Lyon Sprague de Camp (plutôt un court roman), Les roues de la fortune, délicieuse friandise pulp aux arômes d’uchronie et d’univers parallèle ; les huit images splendides du port-folio de Fred T. Jane, Soupçons d’avenir, en complément de ses illustrations pour la deuxième livraison de Hartmann […]

Extension du domaine des critiques de bistrot du commerce

Une page entière de la prestigieuse revue ‘Bifrost’, référence de la SF hexagonale. Fichtre ! ‘Le Novelliste’, pour la sortie de son premier numéro, a de quoi s’estimer gâté… Calmons-nous, car le chroniqueur – Gilles Dumay himself – n’a pas aimé et le fait savoir à sa manière habituelle, par une entreprise de démolition en règle. C’est parfaitement son droit. Ce qui pose question, c’est la façon de faire et ce que véhicule le reproche principal assené par le péremptoire critique : ‘Le Novelliste’ serait – selon lui – une revue vieillotte, et même une revue pour vieux, fans d’illustrés poussiéreux oubliés au grenier. C’est donc une tare ? Apparemment, c’en serait une à ses yeux. Et c’est bien là qu’est l’os.

  Certes, il n’est jamais plaisant de découvrir une critique négative, mais là n’est pas le problème. L’objet de ce billet n’est pas, pour un rédacteur en chef meurtri dans son amour-propre, de venir se plaindre d’avoir été mal compris, ou mal jugé. Gilles Dumay n’a pas aimé ce qu’il a lu ni ce qu’il […]

Discours de paix (censuré) d’Émile Masson aux enfants et adolescents de Bretagne (1917)

En juillet 1917, Émile Masson, professeur d’anglais, écrivain, journaliste, anarchiste et activiste de la cause bretonne, s’apprête à délivrer un discours de fin d’année aux élèves du lycée dans lequel il professe. On ne le laissera pas le prononcer et l’on comprend pourquoi, en lisant ce texte longtemps demeuré égaré, il était urgent de le faire taire alors que la plus stupide de toutes les guerres faisait encore des ravages dans les rangs de la jeunesse. Ce vibrant plaidoyer pour la paix et pour une société basée sur d’autres valeurs donne en tout cas une idée fidèle de l’homme (et du pédagogue) que fut Émile Masson. C’est aussi une bonne manière de clore, par un message toujours actuel car hors du temps, ce petit tour d’horizon de quatre auteurs intègres, courageux et attachants, qu’il est urgent de continuer à éditer et à lire.

  Mesdames, Messieurs, chers élèves. La guerre doit être l’objet de mon dernier entretien de l’année avec vous. Eussé-je été tenté de ne point vous parler de la guerre, eussé-je pu de toutes mes forces, souhaiter ne point vous parler de la guerre, comment échapper à l’impitoyable nécessité ? Depuis trois années révolues une seule pensée […]

Une bibliothèque par quartier, par Jules Lermina (1861)

Ne nous laissons pas abattre, il me reste pas mal de vieilleries poussiéreuses et dégageant une forte odeur de vieux papier (voire de naphtaline) à vous mettre sous les yeux. Par simple plaisir de vieillard monomaniaque ne vivant que dans le passé ? Pas vraiment, car comme on le verra avec le document reproduit ci-dessous, parfois les vieux textes nous ramènent à des réalités du temps présent. Ainsi de ce libelle du camarade Lermina préconisant la création de bibliothèques dans les quartiers de Paris, dont il peut être utile de se souvenir en un temps où les impératifs d’une idéologie tout droit venue du dix-neuvième siècle (ce « libéralisme » qui n’est qu’un cache-sexe pour l’ultra-capitalisme dérégulé) font que les budgets consacrés à nos bibliothèques d'aujourd'hui baissent régulièrement (cf. article en lien au bas de cette page). Lorsqu’il le rédige, le jeune Jules ‒ il n’a que 22 ans ‒ est journaliste et n’a encore écrit aucune des œuvres qui feront de lui un grand romancier et novelliste populaire à la production pléthorique. Cet engagement précoce dans la vie de la cité ne le quittera cependant jamais, car outre ses engagements politiques très marqués à gauche, il restera jusqu’à sa mort un syndicaliste attaché notamment à défendre les droits des artistes et des auteurs.

  I — DU DÉSIR D’APPRENDRE Depuis quelques mois, on a beaucoup dit et écrit contre les Brochures ; et en vérité, nous nous étonnons d’un déchaînement à notre avis inopportun et nous regrettons qu’une aussi inconcevable animosité se soit élevée contre cette forme littéraire Et ce qu’il y a de plus étrange, c’est que ceux-là […]

Lucie Delarue-Mardrus, portrait de l’artiste en icône des Lettres, par Gabrielle Réval

Drôle de portrait, qui ne retient, dans un ouvrage pourtant voué à honorer la personne et l’œuvre de femmes de lettres de premier plan, que les aspects les plus anecdotiques et les plus sages d’une autrice qui n’eut de cesse de les contredire. Pourquoi le reproduire ici, dès lors ? Parce qu’il est représentatif de préjugés et de poncifs d’époque contre lesquels devaient lutter sans cesse celles qui prétendaient exister et se réaliser au travers de leur plume. Comment imaginer que Gabrielle Réval, femme elle-même, ait bien saisi la personnalité et le propos de l’auteure de ‘La Pirane’, alors qu’elle en dresse un portrait si superficiel et frelaté qu’il aurait pu être signé par un homme ? Et s’il faut au final lui trouver un destin, c’est celui d’une continuatrice de l’œuvre de… la reine Mathilde, qui retraça, l’aiguille à la main, les exploits de son conquérant de mari sur la célèbre tapisserie de Bayeux. Pas sûr que ce panégyrique ait à l’époque fait le bonheur de Lucie…

  Il se peut que Lucie Delarue-Mardrus aille un jour faire des conférences en Amérique. Je lui conseille, à ce moment-là, de souffler à son manager : — Ne dites pas aux Américains que je suis une femme célèbre en mon pays, mais dites-leur que, de toutes les poétesses, je suis celle qu’on a le plus […]

Georges Eekhoud, écrivain de la ferveur, par Émile Verhaeren

Voilà trop longtemps que l’antre de l’ours danseur est resté vide pour cause de suractivité chronique. La sortie récente de l’anthologie ‘Quand l’amour déraille’ chez Flatland offre à l’ursidé dansant le prétexte tout trouvé pour sortir de son hibernation laborieuse. L’occasion de sortir des greniers numériques et de dépoussiérer quelques morceaux affriolants au sujet des quatre auteurs réunis dans cet ouvrage. Comme dans l’antho, c’est de Georges Eekhoud dont il sera d’abord question, avec un texte fort pertinent (pour qui connaît l’œuvre d’Eekhoud) de son ami Émile Verhaeren.

  ‘L’œuvre de Georges Eekhoud’, de Maurice Bladel, paru à la Renaissance d’Occident (Bruxelles) en 1922, ne manque certes pas d’intérêt pour qui veut s’initier à la vie et à l’œuvre du chantre de la Campine anversoise. Même si l’auteur n’échappe pas aux pièges de l’hagiographie, le livre fourmille en effet de détails biographiques sans […]

Terreur dans les airs, Thomas Hood, 1821

Le court récit que vous allez lire a ceci d’intéressant qu’il doit être l’un des premiers – sinon le premier – à avoir exploré outre-Manche les possibilités dramatiques offertes par le développement de l’aérostation. Il précède de trente années ‘Un drame dans les airs’, l’une des premières nouvelles du jeune Jules Verne, et si rien ne prouve que celui-ci en eut connaissance, on ne peut que noter certaines similitudes d’inspiration. William Pattrick, qui fait figurer ‘Terreur dans les airs’ en ouverture de son anthologie ‘Mysterious air stories’ (1986), explique qu’il fut publié à Londres « dans les premières années du dix-neuvième siècle, quelque temps après que Vincenzo Lunardi ait effectué le premier vol en ballon depuis le sol anglais, à Chelsea, en 1784. L’intérêt du public pour l’aérostation attira l’attention de Thomas Hood (1799-1845), écrivain satyrique merveilleusement inventif, qui connut en 1821 un grand succès en publiant ce texte dans les colonnes du London Magazine. En dépit de ses problèmes de santé et de sa difficulté à joindre les deux bouts, il avait pour se documenter risqué sa vie lors de plusieurs ascensions en ballon avant de rédiger ce conte. »

  Je tiens l’histoire suivante de la bouche même d’un célèbre aéronaute, qui me l’a confiée à peu près dans les mêmes termes. J’ai effectué plusieurs ascensions depuis Vauxhall. Lors de l’une d’elles, un gentleman du nom de Mavor devait m’accompagner dans cette petite excursion aérienne. Le moment venu, cependant, ses nerfs durent le trahir, […]

Hommage au dessinateur inconnu…

… qui permit, voilà plus de 110 ans, au Novelliste de trouver l’image de couverture qu’il lui fallait pour son premier numéro. Dans la précipitation du bouclage, celle-ci n’est pas sourcée en bonne et due forme là où il l’aurait fallu. Rendons par conséquent au ‘Petit Journal’ ce qui appartient à l’artiste talentueux que cette éminente publication début de siècle n’a pas jugé utile de créditer.

  C’est à la dernière page du supplément illustré du Petit Journal daté du dimanche 12 février 1905 (n° 743) que l’on trouve l’image en couleurs sous-titrée « L’agitation russe à Paris : explosion d’une bombe avenue de la République ». Il faut en revanche aller chercher en page 2 (numérotée 50) la notule relatant ces événements explosifs, qui […]

Mise en chantier de ‘L’Arche’ d’André Arnyvelde

Le chantier du Novelliste #01 bel et bien achevé s’ouvrent déjà ceux qui devront trouver leur achèvement dans le premier semestre de l’année prochaine. Parmi ceux-là, il en est un qui me tient particulièrement à cœur : la réédition de ‘L’Arche’, le grand-œuvre lyrique et jubilatoire d’André Arnyvelde, écrit dans les tranchées de 14, paru en 1920, et qui fut cette année-là parmi les finalistes du Goncourt. Cela commence comme un chant d’amour à une femme, Henriette Sauret, compagne des jours de paix, et cela se poursuit, sous la conduite de la figure fantasmée de l’Arcandre, comme une déclaration d’amour à l’univers, à la vie, à la joie, au bonheur d’exister. Pour résister à la géhenne guerrière et croire encore qu’il y aurait un lendemain, à un homme, à un écrivain tel que celui-ci il fallait bien cela. Toutes proportions gardées et sachant que tout oppose ces deux auteurs, ‘L’Arche’ est à Arnyvelde ce que ‘Les poulpes’ sera, au conflit suivant, à Raymond Guérin.

  En attendant avril 2018 et la sortie, donc, de cette nouvelle édition (la troisième, après l’originale en 1920  à la Société mutuelle d’édition, puis la première réédition par Pierre Versins au club Futopia en 1961) commencent les travaux préparatoires lancés par la découverte fortuite, le week-end dernier, de l’image qui illustrera la couverture. Il […]

Un antre numérique pour Le Novelliste

Le numéro #01 du Novelliste sera mis en vente cette semaine, le vendredi 8 décembre, mais d’ores et déjà il est possible de s’en faire une idée en visitant le site sur lequel la revue sera commercialisée (description, photos et extrait en PDF). Les curieux pourront également y prendre connaissance du contenu des deux prochains numéros et des projets associés du Novelliste pour l’année 2018. Une adresse à retenir, en somme.

  C’est ici que l’on entre dans l’antre. L’année 2018 commencera pour le Novelliste par la parution, en février, d’une anthologie thématique intitulée Quand l’amour déraille. Au programme, noires romances et mélos d’enfer signés Georges Eekhoud, May Sinclair, Lucie Delarue-Mardrus, Jules Lermina et Émile Masson. En avril suivra la réédition de L’Arche (1920), le grand […]