Le point sur la sortie du premier numéro du Novelliste

L’ours danseur serait-il entré en hibernation précoce ? Ceux que la question intéresse se la posent peut-être en ne voyant plus les pages de ce blog régulièrement alimentées. La réponse est non. L’ours n’hiberne pas et n’est pas près de le faire cette année. Il bosse, et quasiment tout ce que son gagne-pain lui laisse de temps libre passe à la concrétisation de cette utopie un peu folle : la création d’une nouvelle revue. Le premier numéro du Novelliste, encore en chantier, n’a cependant jamais été aussi près de voir le jour. Revue de détail ci-dessous.

  Périodicité ? C’est décidé, Le Novelliste sera semestriel et paraîtra chaque année aux jolis mois de mai et novembre. La parution d’un roman à suivre imposait en effet une périodicité suffisamment rapprochée pour que les lecteurs ne désespèrent pas d’en connaître un jour la fin. D’autre part, une parution plus rapprochée était inenvisageable (deux numéros […]

Pensées centenaires de Karin Boye (8)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 26 août 1917, Karin Boye note dans son cahier : La valeur d’une bonne action ne dépend pas de ses conséquences, ni même de son but, mais de la volonté nécessaire pour l’accomplir, de l’importance du sacrifice des désirs égoïstes qui la rendent possible. Il est donc inadéquat de considérer les actes de la […]

Pensées centenaires de Karin Boye (7)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 25 août 1917, Karin Boye note dans son cahier : Seules deux choses sont nécessaires à notre bonheur : la paix et le grand amour universel désintéressé. Prochaine entrée le 26 août 2017 Source : Samlade Skrifter av Karin Boye, 11 – Varia, Albert Bonniers Förlag, Stockholm, 1949. Illustration : portrait promotionnel anonyme. © Leo Dhayer août […]

Pensées centenaires de Karin Boye (6)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 18 août 1917, Karin Boye notait dans son cahier : Il est possible que je n’aie pas d’humour. J’aime l’humour en quantités mesurées et utilisé aux bons moments, exactement comme une épice, mais tout comme je n’aimerais pas un plat composé uniquement de clous de girofle, je suis peu friande de l’humour débridé et […]

Pensées centenaires de Karin Boye (5)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 17 août 1917, Karin Boye notait dans son cahier : Un livre ne devrait jamais être lu dans de courts intervalles ou lorsque l’on doit satisfaire aux nécessités de la conversation ou de mille autres occupations mineures. Bien comprendre un livre nécessite de s’immerger en lui. Solitude, silence et tranquillité sont parfois indispensables à […]

‘Le Travail’, un autre poème de jeunesse de Lermina

À la demande générale, je ne résiste pas au plaisir d’extirper cet autre poème du jeune Jules Lermina (1839-1915) des entrailles de Gallica où il croupissait. Moins intimiste que le précédent, plus lyrique (et même, à la limite, métaphysique – quelle horreur !), il révèle en alexandrins une autre facette de ce sacré bonhomme que vous n’avez pas fini (autant vous prévenir) de croiser dans les parages.

  Lorsque dans l’infini, Dieu, qui songeait, voulut Créer un monde, où comme en un livre se lut Sa grandeur, il leva la main et la Genèse Bouillonna, comme sort l’airain de la fournaise. Mais, devant l’œuvre immense arrêtant son effort Un instant, Dieu rêva : par quel levier le maître, Animant le néant, allait-il créer […]

Illusions, un poème de jeunesse de Jules Lermina

Comme nombre d’écrivains de son temps, Jules Lermina (1839-1915) fut poète avant de devenir novelliste et romancier. Ce poème extirpé des entrailles de Gallica, publié alors qu’il avait 23 ans, en est un témoignage touchant et qui reste fort lisible aujourd’hui. La désillusion dont il témoigne est étonnante, de la part d’un homme fortement engagé politiquement, un syndicaliste actif notamment pour faire respecter le droit des auteurs, et qui resta toute sa vie un militant qui n’avait pas renoncé à changer le monde.

  J’avais une gentille cage Que je voudrais avoir encor, Où babillaient d’un doux ramage Des colibris à plume d’or. Ils disaient de si belles choses, Que, rêveur, le front dans la main, Les bras croisés, paupières closes, Je m’enivrais du lendemain. Ils chantaient l’amour de la femme, L’amitié, l’espoir, le désir ! Ils disaient que […]

La porte, nouvelle de Jules Lermina

Le fantastique de Jules Lermina est un fantastique cérébral, subtil, tout en distorsion de perceptions sensorielles des plus banales, amenées à un point d’incandescence dans le creuset de l’angoisse et de l’imagination. C’est particulièrement net dans cette nouvelle. Dans la préface qu’il donnera au recueil en volume de ces nouvelles fantastiques, Jules Clarétie raconte : « Quand j’ai débuté, mes premiers récits ont été des contes fantastiques. On les retrouvait dans la collection du Diogène où nous fantastiquions à qui mieux mieux, le poète Ernest d’Hervilly, le romancier Jules Lermina et moi. Edgar Poe était notre dieu et Hoffmann son prophète. Nous étions fous d’histoires folles. C’était le bon temps. »

  Ayant pris part à un dîner d’amis, en l’honneur de je ne sais quel anniversaire, il était sorti du restaurant, la tête troublée, un peu ivre peut-être ; non qu’il fût gros buveur, mais, nerveux, fébrile, il se grisait de bruit encore plus que de vin. Une voiture passait, vide. Il héla le cocher, lui […]

The romance of Golden Star, George Griffith (1897)

Lire un roman de Griffith est toujours (en ce qui me concerne) une aventure presque aussi épique que celles narrées par cet auteur hors norme dans des pages que l’on ne peut s’empêcher d’avaler gloutonnement. Cela ne signifie pas pour autant que leur lecture soit de tout repos ou globalement satisfaisante. Si la plupart du temps on se laisse emporter par l’habileté de la narration et le « sense of wonder », il n’est pas rare qu’on se dise aussi au détour d’un rebondissement ou d’une révélation : « Non ! Il ne va pas tout de même pas oser ? Pas lui ! Pas ça ! » Eh bien si, il ose, Georgie, c’est même ce qui le caractérise le mieux : sa prose n’obéit qu’à ses propres lois et ses personnages souvent archétypaux, hommes ou femmes, sont taillés dans l’étoffe dont on fait les héros et les saintes. Tout est chez lui « bigger than life » et ce roman d’aventures au pays des Incas n’échappe pas à la règle, avec quelques particularités qui le distinguent de l’habituelle histoire de momie à bandelettes et permettent de le ranger plutôt sur l’étagère « lost race ».

  L’étude de Sam Moskowitz intitulée The warrior of if (parue en préface du recueil The raid of ‘Le Vengeur’, chez Ferret Fantasy Ltd en 1974) reste à ma connaissance une somme inégalée sur la vie et l’œuvre de George Griffith. On y apprend toujours de très intéressants détails, et à propos de Golden star, […]

To a poet a thousand years hence, James Elroy Flecker

En cherchant hier des fins du monde d’autrefois pour un prochain numéro du Novelliste, je suis tombé par hasard sur un poète anglais qui mourut prématurément en 1915, trentenaire, comme ce fut le cas à cette époque pour tant d’autres. James Elroy Flecker (1884-1915) n’eut pas le temps, dit-on, de donner la pleine mesure de son talent et aurait pu égaler Keats s’il n’en avait été empêché. Ce genre de pronostic à rebours est toujours hasardeux mais une chose est sûre, le poème qui sert aujourd’hui d’étendard à ce poète oublié est de toute beauté. Certes, l’émotion qui s’en dégage dira quelque chose aux amateurs de Villon et de sa ‘Ballade des pendus’, mais qu’importe puisqu’il faut plus d’une voix, et dans toutes les langues, pour chanter l’homme et le monde. Sans me risquer à davantage de glose inutile, je vous laisse donc le découvrir ci-dessous.

  I who am dead a thousand years, And wrote this sweet archaic song, Send you my words for messengers The way I shall not pass along. I care not if you bridge the seas, Or ride secure the cruel sky, Or build consummate palaces Of metal or of masonry. But have you wine and […]