Cette vidéo-là, nous ne l’oublierons pas

Pendant que Françoise Nyssen se tait remarquablement, les députés votent. Le spectacle est édifiant pour ceux qui imaginaient encore pouvoir bénéficier d’un semblant de considération de la part de ceux qui aujourd’hui se croient puissants. Leur désinvolture, leur propension à humilier la valetaille culturelle sans éprouver le besoin de s’en cacher est aussi outrecuidante que révélatrice et imbécile. Une petite minute et trente secondes de pur mépris de classe que nous n’oublierons pas.

Du charme discret de la mésaction

Aujourd’hui, un mot m’est naturellement venu sous la plume : « mésaction », au sens de « mauvaise action ». Bien qu’il me semblât couler de source, à le relire je finis par éprouver quelque méfiance. Cette mésaction si évidente à mes yeux l’était-elle à ce point ?

  Mon Lexis Larousse quasi quarantenaire, auquel je me réfère comme le croyant à sa bible, en resta muet de stupéfaction. Le CNRTL, interrogé ensuite, me balança un lapidaire et définitif « Cette forme est introuvable ! ». Il me fallut creuser un peu plus loin dans les galeries de mine numériques pour exhumer un Dictionnaire des mots […]

Le point sur la sortie du premier numéro du Novelliste

L’ours danseur serait-il entré en hibernation précoce ? Ceux que la question intéresse se la posent peut-être en ne voyant plus les pages de ce blog régulièrement alimentées. La réponse est non. L’ours n’hiberne pas et n’est pas près de le faire cette année. Il bosse, et quasiment tout ce que son gagne-pain lui laisse de temps libre passe à la concrétisation de cette utopie un peu folle : la création d’une nouvelle revue. Le premier numéro du Novelliste, encore en chantier, n’a cependant jamais été aussi près de voir le jour. Revue de détail ci-dessous.

  Périodicité ? C’est décidé, Le Novelliste sera semestriel et paraîtra chaque année aux jolis mois de mai et novembre. La parution d’un roman à suivre imposait en effet une périodicité suffisamment rapprochée pour que les lecteurs ne désespèrent pas d’en connaître un jour la fin. D’autre part, une parution plus rapprochée était inenvisageable (deux numéros […]

Kallocaïne redux (suite)

Reçu aujourd’hui un exemplaire du cinquième tirage de ‘Kallocaïne’, avec une quatrième de couverture remaniée. Au dixième, c’est promis, j’arrête de compter… Pour fêter ça, cadeau, une des scènes capitales du roman

  À l’issue d’un interrogatoire particulièrement éprouvant – le premier jour, qui plus est, juste avant la pause de midi –, celui d’un vieil homme qui délirait à propos d’envies de meurtre, bien qu’il n’en eût jamais commis et n’en commettrait probablement jamais, je ne pus m’empêcher de laisser libre cours à mon désarroi. En me tournant […]

Kallocaïne en tirage limité hard-cover hors commerce

C’est un chouette volume relié sous jaquette quadri pelliculée, tiré à une soixantaine d’exemplaires. Vous ne le trouverez nulle part en librairie, car l’éditeur en a fait un tirage limité hors commerce destiné à récompenser les souscripteurs d’une de ses opérations promotionnelles. Outre le contenu intégral de l’édition courante, on y trouve la traduction inédite d’un article de Karin Boye intitulé ‘Les grands livres de mon enfance’ et un portrait photographique de l’auteur. Venir vous le présenter ici n’est pas pur sadisme de ma part. Je tenais simplement à ce qu’il en reste une trace quelque part, mais également à partager avec vous un extrait du bonus qui ne reparaîtra sans doute pas ailleurs avant plusieurs années.

  Min barndoms roliga böcker (Les grands livres de mon enfance) est un texte autobiographique écrit par Karin Boye au cours du premier semestre 1921 (elle avait donc vingt et un ans et n’avait pas encore publié son premier recueil de poèmes, Moln, qui ne devait paraître qu’un an plus tard). Il a connu une […]

Kallocaïne redux (2)

La nouvelle traduction française de ‘Kallocaïne’ entre en ce début avril véritablement dans le vingt-et-unième siècle avec la sortie de sa version numérique, désormais disponible sur le site de l’éditeur comme chez les revendeurs habituels. L’occasion de jeter un coup d’œil dans le rétro, avec un extrait de la préface que Margit Abenius donna à l’ouvrage lors de l’édition des œuvres complètes de Karin Boye en 1948, un digest des principales chroniques parues depuis la sortie de la nouvelle traduction, et deux critiques parues en 1948, lors de l’édition de la première traduction. Où l’on constate que ce roman intrigua et suscita l’enthousiasme dès l’origine.

  « Karin Boye a souvent dit de sa poésie qu’elle n’était destinée à plaire qu’à un petit nombre. Kallocaïne, pour sa part, connut un immédiat et large succès public lors de sa sortie en Suède à l’automne 1940. La critique y vit un roman d’idées d’une puissance peu commune, et l’on souhaita même qu’il puisse […]

De l’importance des ours d’art et de leurs chansons d’hiver

La place qu’occupe la musique dans la vie de chacun est un bon marqueur de l’attention que l’on porte à soi-même et à ses besoins, ou a contrario, du sacrifice que l’on fait de ceux-ci au profit d’impératifs présumés supérieurs. À l’adolescence, elle est le support indispensable de l’affirmation de soi, de l’identification à un groupe, et l’on en écoute d’autant plus qu’il y a tant à découvrir, et tant à aimer. Jeune adulte, on a fait ses choix et l’éventail se restreint avec des goûts musicaux plus affirmés et plus sélectifs ; ils le sont d’autant plus que par nécessité, parce que la vie va et qu’il faut bien suivre, le temps consacré aux loisirs ne peut que se restreindre. Inutile d’appuyer là où ça fait mal, je vous fais grâce des stades suivants mais in fine le constat est immuable : là où l’on pouvait écouter trois ou quatre disques par jour en nos jeunes années, on n’en écoute plus vraiment que trois ou quatre par mois lorsque l’on s'est chargé d’ans et de responsabilités. Lamentable constat.

  Il l’est d’autant plus, lamentable, que l’addiction musicale est sans autre danger qu’un profitable divertissement chronophage, et qu’en outre elle peut faire office de respiration aussi importante et vitale que celle qui nous fournit l’oxygène, quand l’air que nous respirons est chargé d’autre chose que de gaz d’échappement et de particules fines. Autant dire […]

Pensez à l’ours polaire, c’est sa journée, demain vous pourrez l’oublier

27 février, journée internationale de l’ours polaire. Le pseudo ursidé qui gère tant bien que mal ce blog n’a pas le temps nécessaire à consacrer à cette info pour l’heure, mais une amie compatissante, en lui envoyant ce fort bel ours danseur inuit (merci, Nathalie Duport Serval), lui donne tout de même l’occasion d’attirer votre attention sur le sujet avec un petit lien à suivre ci-dessous. Pensez-y, ce soir, en rajoutant un glaçon dans votre apéro…

  Un peu d’info (vite lue, rassurez-vous) sur le sujet.   Illustration : Ours danseur inuit.

Paul Bérato, portrait de l’artiste en écrivain populaire et homme généreux

Le tri de vieilles archives permet d’exhumer de précieux souvenirs. Celui de Paul Bérato, qui fut l’un des plus prolifiques et talentueux auteurs de littérature populaire de ce pays, occupe une place particulière dans ma mémoire.

  J’ai dû rendre visite deux ou trois fois à Paul Bérato (1915-1989), dans sa grande maison de Castelmoron-sur-Lot entourée d’un parc à l’abandon, alors qu’apprenti charpentier fraîchement arrivé dans la région j’entrais en contact par le biais de Michel Jeury avec les auteurs de SF du coin. Après une prise de contact épistolaire, je […]

Kallocaïne redux

19 janvier 2017. Un an après sa sortie, la nouvelle traduction française du chef d’œuvre intemporel de Karin Boye (paru en 1940, au plus fort d’une des périodes les plus noires de l’histoire), revient en force dans les librairies avec son quatrième tirage. L’occasion d’un bilan ? Pourquoi pas. Et aussi de quelques remerciements. Avec en prime la traduction d’extraits d’une importante lettre de Karin Boye rédigée peu avant la sortie de son roman.

  Le pari de retraduire et rééditer en poche, à un prix abordable pour tout un chacun, un chef d’œuvre suédois mal connu de la dystopie n’avait a priori rien d’un rendez-vous assuré avec le succès. Le courageux éditeur (André-François Ruaud, boss des Moutons électriques) et votre humble serviteur (traducteur transi d’admiration pour l’œuvre de […]