Y’a-t-il un pilote à la Culture ?

La nomination de M. Riester à la tête du ministère de la Culture est passée relativement inaperçue, et ce n’est que justice. Non pas en fonction de la personnalité du nouveau ministre ou de son background. Il a vendu des bagnoles, et alors ? D’autres, au même poste, ont fait preuve de leur incompétence et de leur manque de vision alors qu’ils pouvaient se targuer d’une expérience dans le domaine. C’est bien plutôt son accointance avec la dévastatrice aventure Hadopi qui devrait inquiéter les artistes-auteurs de ce pays.

 

Une autre info incite cependant à relativiser l’importance que pourrait avoir cette nomination. Claire Chazal « aurait » refusé le ministère de la Culture, ont fait savoir plusieurs organes de presse, avant que l’intéressée ne démente, bien évidemment. Ce qui signifie donc qu’on le lui « aurait » proposé. Inimaginable ? Non, j’imagine très bien, au contraire, une passation de pouvoir Nyssen-Chazal sous les ors de la rue de Valois.

Un véritable happening d’art contemporain ! Cela aurait eu de la gueule, aux journaux de vingt heures. Le genre de « coup » sur lequel le Prince qui nous gouverne est tout à fait capable de compter pour redorer un blason bien terni. Là encore, il ne s’agit pas pour moi d’insinuer qu’un ministère Chazal aurait été par nature incompétent. La dame, pour ce que j’en sais, peut au moins se targuer d’avoir signé quelques livres, et d’autres, au même poste… etc. Alors ? Qu’est-ce qu’il veut dire, au fond, le monsieur, après ce préambule à double détente ?

Que l’important (à défaut de la vérité) est ailleurs. Ce que signifie cette nomination (et le cafouillage qui l’a précédée), c’est que peu importe aujourd’hui celui ou celle qui s’installe dans le fauteuil de Malraux. Les décisions sont prises ailleurs. C’est ailleurs également, dans d’autres têtes, que l’avenir des artistes-auteurs de ce pays est déjà scellé. Au Château ? Bof ! M’est avis que son locataire a d’autres priorités. Sans doute, plus probablement, est-ce dans les directions techniques des ministères de tutelle concernés (Culture et Santé pour le devenir du statut social des artistes-auteurs) qu’il faut chercher les véritables maîtres du jeu.

Les ministres passent, l’administration demeure.

Qu’on ne s’inquiète pas : la « concertation » lancée avant l’été par madame Nyssen, à grand renfort de pompeuses déclarations d’amour à l’égard des artistes-auteurs, se poursuivra sur la même lancée sous les auspices de son remplaçant (qui fera sans doute lui aussi quelques déclarations d’une belle vacuité). Tout pourra continuer comme avant, sur l’air du « on vous entend, mais on ne vous écoute pas ».

La Culture avec un grand C, aujourd’hui, ce n’est plus le Livre, le Patrimoine ou les Arts vivants mais l’Audiovisuel, qu’il s’agit bien évidemment de « réformer », ce qui doit concentrer toutes les énergies. D’où le profil téloche pressenti de madame Chazal. D’où le profil Hadopi du nouveau ministre. Le reste ? Que les fonctionnaires en place s’en débrouillent, ils le font très bien (c’est-à-dire dans le sens du moindre coût) depuis des décennies déjà.

Quel que soit l’affichage, le pantin placé devant les projecteurs, l’avenir des artistes-auteurs était et reste donc aux mains d’une poignée de hauts fonctionnaires parfaitement libres dans leurs froides décisions technocratiques, puisque non assujettis à la sanction du vote populaire. Conclusion : les protestations plus ou moins véhémentes ne servent à rien, pas plus que les pétitions, les happenings ou les ligues. L’avenir des artistes-auteurs est entre leurs mains pour peu qu’ils décident de s’en saisir. Ils désarment le dialogue social ? Réapproprions-nous l’autogestion.

 

Madame Chazal à la Culture ?

Madame Chazal dément.

Illustration : Lewis Hine (1874-1940)

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