Georges Eekhoud, écrivain de la ferveur, par Émile Verhaeren

Voilà trop longtemps que l’antre de l’ours danseur est resté vide pour cause de suractivité chronique. La sortie récente de l’anthologie ‘Quand l’amour déraille’ chez Flatland offre à l’ursidé dansant le prétexte tout trouvé pour sortir de son hibernation laborieuse. L’occasion de sortir des greniers numériques et de dépoussiérer quelques morceaux affriolants au sujet des quatre auteurs réunis dans cet ouvrage. Comme dans l’antho, c’est de Georges Eekhoud dont il sera d’abord question, avec un texte fort pertinent (pour qui connaît l’œuvre d’Eekhoud) de son ami Émile Verhaeren.

  ‘L’œuvre de Georges Eekhoud’, de Maurice Bladel, paru à la Renaissance d’Occident (Bruxelles) en 1922, ne manque certes pas d’intérêt pour qui veut s’initier à la vie et à l’œuvre du chantre de la Campine anversoise. Même si l’auteur n’échappe pas aux pièges de l’hagiographie, le livre fourmille en effet de détails biographiques sans […]

Un antre numérique pour Le Novelliste

Le numéro #01 du Novelliste sera mis en vente cette semaine, le vendredi 8 décembre, mais d’ores et déjà il est possible de s’en faire une idée en visitant le site sur lequel la revue sera commercialisée (description, photos et extrait en PDF). Les curieux pourront également y prendre connaissance du contenu des deux prochains numéros et des projets associés du Novelliste pour l’année 2018. Une adresse à retenir, en somme.

  C’est ici que l’on entre dans l’antre. L’année 2018 commencera pour le Novelliste par la parution, en février, d’une anthologie thématique intitulée Quand l’amour déraille. Au programme, noires romances et mélos d’enfer signés Georges Eekhoud, May Sinclair, Lucie Delarue-Mardrus, Jules Lermina et Émile Masson. En avril suivra la réédition de L’Arche (1920), le grand […]

Le point sur la sortie du premier numéro du Novelliste

L’ours danseur serait-il entré en hibernation précoce ? Ceux que la question intéresse se la posent peut-être en ne voyant plus les pages de ce blog régulièrement alimentées. La réponse est non. L’ours n’hiberne pas et n’est pas près de le faire cette année. Il bosse, et quasiment tout ce que son gagne-pain lui laisse de temps libre passe à la concrétisation de cette utopie un peu folle : la création d’une nouvelle revue. Le premier numéro du Novelliste, encore en chantier, n’a cependant jamais été aussi près de voir le jour. Revue de détail ci-dessous.

  Périodicité ? C’est décidé, Le Novelliste sera semestriel et paraîtra chaque année aux jolis mois de mai et novembre. La parution d’un roman à suivre imposait en effet une périodicité suffisamment rapprochée pour que les lecteurs ne désespèrent pas d’en connaître un jour la fin. D’autre part, une parution plus rapprochée était inenvisageable (deux numéros […]

La porte, nouvelle de Jules Lermina

Le fantastique de Jules Lermina est un fantastique cérébral, subtil, tout en distorsion de perceptions sensorielles des plus banales, amenées à un point d’incandescence dans le creuset de l’angoisse et de l’imagination. C’est particulièrement net dans cette nouvelle. Dans la préface qu’il donnera au recueil en volume de ces nouvelles fantastiques, Jules Clarétie raconte : « Quand j’ai débuté, mes premiers récits ont été des contes fantastiques. On les retrouvait dans la collection du Diogène où nous fantastiquions à qui mieux mieux, le poète Ernest d’Hervilly, le romancier Jules Lermina et moi. Edgar Poe était notre dieu et Hoffmann son prophète. Nous étions fous d’histoires folles. C’était le bon temps. »

  Ayant pris part à un dîner d’amis, en l’honneur de je ne sais quel anniversaire, il était sorti du restaurant, la tête troublée, un peu ivre peut-être ; non qu’il fût gros buveur, mais, nerveux, fébrile, il se grisait de bruit encore plus que de vin. Une voiture passait, vide. Il héla le cocher, lui […]

Jack London, l’homme qui savait parler aux éditeurs

Ce n’est pas que je veuille donner le mauvais exemple aux auteurs ayant gentiment accepté d’essuyer les plâtres du premier numéro du Novelliste (ni à ceux qui, je l’espère, les imiteront bientôt), mais la chose me fait trop rire pour que je la garde dans un coin de mon disque dur.

  « Et cette nouvelle que nous annoncions dans le numéro d’automne ? » s’inquiète l’associate editor du Century, dans une lettre adressée à Jack London le premier mars 1905. « Nous travaillons à présent sur les numéros de l’été et souhaiterions disposer d’une histoire, de quatre à cinq mille mots de préférence, dans votre meilleur style. Auriez-vous l’amabilité […]

La Civito de la Nebuloj (La Cité des Brumes), Sylvain-René de la Verdière

Étrange et fort beau petit opus, par la forme comme sur le fond, que se réjouira de lire tout amateur de littérature de traverse et que s’honorera de posséder toute bibliothèque explorant les sentiers non battus. L’ours danseur, qui a beaucoup aimé, n'hésite pas à vous le recommander chaudement. Le tirage étant limité à quarante exemplaires, il ne saurait être question de tergiverser…

  Il existe une cité à laquelle on n’accède que par le chemin des songes. C’est elle, la belle et effrayante Titanide, qu’en ces pages rares mais denses l’auteur nous invite à explorer. Aux touches littéraires réduites à l’essentiel mais qui toujours font mouche – en espéranto comme dans la langue de Molière – répondent […]

Loyola de la jungle, par un auteur mystère, au Carnoplaste

Le valeureux éditeur de fascicules comme autrefois (mais écrits et édités aujourd’hui) se lance un nouveau défi avec la création d’une collection de petits formats peu onéreux et vite lus, à l’image de ceux que publiait par exemple Ferenczi au siècle dernier, dans lesquels se concentrait l’essence du pulp à la française. « Aventures » (c’est son nom, qui a le mérite d’annoncer la couleur) comporte déjà quatre titres, et parmi ceux-ci, c’est le deuxième dont j’aimerais vous recommander la lecture.

Le principe est simple : « Robert Darvel  rêve un titre, puis Fred Grivaud conçoit une illustration. Ensuite, un auteur s’amuse de cette double contrainte et le diable seul sait quel récit vous allez découvrir… » Précisons d’abord que l’auteur n’est nullement crédité en couverture ni en page de titre. Il faut attendre la toute fin, après avoir […]

Encore une savoureuse page de prose de Georges Eekhoud

Je continue de me régaler, en levant le pied pour faire durer le plaisir, des derniers feux des ‘Communions’ de Georges Eekhoud. La page d’aujourd’hui est tirée de la nouvelle ‘Appol et Brouscard’, qui narre les folles amours de deux jeunes malfrats, ces ‘voyous de velours’ chers à l’auteur, aussi différents l’un de l’autre que la nuit et le jour. La scène se passe dans la ‘colonie pénitentiaire’ de Merksplas, dans la Campine anversoise qui est à Eekhoud ce que la Provence est à Giono ‒ camp de redressement qui deviendra en 1936 une antichambre des camps de la mort pour les réfugiés juifs.

  Et une fois de plus, le lecteur ébahi tombe en arrêt et se demande : « comment fait-il ça ? » Je conçois bien, messieurs, mesdames, ce que peut avoir d’agaçant cet enthousiasme de gamin follet qui importune les passants sur la plage pour leur montrer les fascinants coquillages qu’il a trouvés. Pardonnez-moi, mais ceux-là sont vraiment beaux […]

Une page de prose de Georges Eekhoud

Je poursuis mon exploration des formes courtes du polygraphe belge d’expression française Georges Eekhoud (1854-1927). Après avoir dévoré toutes les kermesses (‘Kermesses’, ‘Nouvelles Kermesses’, ‘Dernières kermesses’), les textes éparpillés publiés de manière posthume (‘Proses plastiques’) ainsi qu’un autre, de jeunesse, singulier et fantastique (‘La danse macabre du pont de Lucerne’), après m’être délecté des délices fin de siècle et décadentes (‘Proses patibulaires’), me voici plongé dans le dernier volume qu’il me reste à découvrir (‘Mes communions’, le préféré, à juste titre, de Mirande Lucien, spécialiste et biographe de l’auteur) et dont la fin s’annonce bien trop proche à mon goût.

  Et là, cette nuit, entre deux nouvelles traitant de l’enfance malmenée sous des dehors bien différents (Le coq rouge et Des Angliers), voilà que les états d’âme d’une comtesse amoureuse font mes délices (La tentation de Minerve)… Elle est, la page qui suit, de celles devant lesquelles on tombe en arrêt, que l’on relit, […]

Kokkerjo, prose plastique de Georges Eekhoud

L’ours s’en va danser ailleurs. Il reviendra hanter cet antre au printemps officiel et vous laisse en attendant, comme de coutume, un peu de lecture. Après l’ambiance quasi-kafkaïenne du ‘Moulin-horloge’, après le supplice presque sulpicien d’un condamné à mort que n’aurait pas renié Genet (‘Tante Marie’), terminons cette incursion dans les formes courtes de cet écrivain belge par une facette plus riante ‒ et même truculente ‒ de son talent. Ce texte, pas véritablement une fiction ni tout à fait un article, ressuscite pour conjurer le melon que pourrait prendre l’artiste immortalisé dans le cadastre de son vivant une vieille tradition de l’art flamand : la provocation excrémentielle. Le musée de Flandre, qui expose en bonne place le superbe chieur reproduit dans le corps du texte, commente à juste titre sur son site : « Ces saynètes peuvent paraître d’un humour déplacé, légèrement cru et manquant de finesse. Mais les images cachent le sens et la symbolique des mots. En effet, cette thématique recèle une subtilité. Dans la culture flamande, l’expression : ‘Uit schijten’ c’est-à-dire : ‘action de fienter’ signifie également : ‘railler’. Nous abordons ici une dimension moralisatrice, le chieur est non seulement un moyen de se moquer de la nature humaine mais il permet aussi de replacer l’Homme à sa juste place : nous sommes tous égaux, de passage sur terre. »

  Helmet ! Un coin de Schaerbeek, mon vieux faubourg laitier et maraîcher (1), en passe de devenir la plus urbaine des cités. Ces lieux présentèrent longtemps une zone excentrique, à la fois fruste et vivace, un capricieux entrecroisement de ve­nelles savoureuses, réunissant tous les spécifismes de la banlieue flamande de Bruxelles, telles qu’on ne les […]