Pensées centenaires de Karin Boye (2)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 8 mai 1917, Karin Boye écrit dans son cahier : Chacun devrait passer quotidiennement un instant à se recueillir. Que l’on croie en Dieu ou pas, qu’on espère en une vie après la mort ou non, cela importe peu. Il suffit de faire la paix en soi-même, d’écarter toute autre pensée pour ne laisser […]

La Civito de la Nebuloj (La Cité des Brumes), Sylvain-René de la Verdière

Étrange et fort beau petit opus, par la forme comme sur le fond, que se réjouira de lire tout amateur de littérature de traverse et que s’honorera de posséder toute bibliothèque explorant les sentiers non battus. L’ours danseur, qui a beaucoup aimé, n'hésite pas à vous le recommander chaudement. Le tirage étant limité à quarante exemplaires, il ne saurait être question de tergiverser…

  Il existe une cité à laquelle on n’accède que par le chemin des songes. C’est elle, la belle et effrayante Titanide, qu’en ces pages rares mais denses l’auteur nous invite à explorer. Aux touches littéraires réduites à l’essentiel mais qui toujours font mouche – en espéranto comme dans la langue de Molière – répondent […]

Kogarashi, un beau CD libre et gratuit de Francis Valéry

Bonnes nouvelles de l’homme des bois, sous forme d’un CD présentant son travail musical de ces deux dernières années. Lendemain de week-end électoral difficile ? Faites-vous du bien en ajoutant ces treize titres à votre play-list. Qui plus est, l’objet est entièrement manufacturé à la maison et offert à qui veut s’y intéresser. Une démarche de générosité et d’indépendance qui ne pouvait que séduire l’ours danseur, dont les Ol’Chap s’inscrivent dans la même lignée.

  Je me garderai bien d’accoler une étiquette à cette musique, mais les jeunes d’aujourd’hui y verraient sans doute de l’ambient. Il émane de ces treize plages une impression de sérénité apaisante et vivifiante à la fois, car si le carambolage neuronal n’est pas au menu, on est loin pour autant de ces lénifiants gloubiboulgas […]

Loyola de la jungle, par un auteur mystère, au Carnoplaste

Le valeureux éditeur de fascicules comme autrefois (mais écrits et édités aujourd’hui) se lance un nouveau défi avec la création d’une collection de petits formats peu onéreux et vite lus, à l’image de ceux que publiait par exemple Ferenczi au siècle dernier, dans lesquels se concentrait l’essence du pulp à la française. « Aventures » (c’est son nom, qui a le mérite d’annoncer la couleur) comporte déjà quatre titres, et parmi ceux-ci, c’est le deuxième dont j’aimerais vous recommander la lecture.

Le principe est simple : « Robert Darvel  rêve un titre, puis Fred Grivaud conçoit une illustration. Ensuite, un auteur s’amuse de cette double contrainte et le diable seul sait quel récit vous allez découvrir… » Précisons d’abord que l’auteur n’est nullement crédité en couverture ni en page de titre. Il faut attendre la toute fin, après avoir […]

Pensées centenaires de Karin Boye

Le 17 avril 1917 est un mardi, en Suède comme ailleurs. Karin Boye, alors âgée de seize ans et demi, ouvre un cahier et inscrit « TANKEJOURNALEN » en haut de la première page, en capitales déterminées. D’autres jeunes filles décideraient d’entamer un journal intime pour y noter les détails secrets de leur jeune vie bourgeonnante. Quant à elle, ce sont les pensées qui se bousculent sous son crâne ‒ parfois lumineuses, parfois étranges ‒ qu’elle décide de consigner.

  Peut-être a-t-elle déjà décidé de devenir écrivain et sait-elle qu’il vaut mieux ne pas laisser filer ces fulgurances susceptibles de constituer les premiers matériaux de ses travaux. Peut-être, tout simplement, agit-elle instinctivement, sans trop savoir pourquoi. Quoi qu’il en soit, durant cinq années, jusqu’au 19 avril 1922, elle se pliera à cet exercice, non […]

Encore une savoureuse page de prose de Georges Eekhoud

Je continue de me régaler, en levant le pied pour faire durer le plaisir, des derniers feux des ‘Communions’ de Georges Eekhoud. La page d’aujourd’hui est tirée de la nouvelle ‘Appol et Brouscard’, qui narre les folles amours de deux jeunes malfrats, ces ‘voyous de velours’ chers à l’auteur, aussi différents l’un de l’autre que la nuit et le jour. La scène se passe dans la ‘colonie pénitentiaire’ de Merksplas, dans la Campine anversoise qui est à Eekhoud ce que la Provence est à Giono ‒ camp de redressement qui deviendra en 1936 une antichambre des camps de la mort pour les réfugiés juifs.

  Et une fois de plus, le lecteur ébahi tombe en arrêt et se demande : « comment fait-il ça ? » Je conçois bien, messieurs, mesdames, ce que peut avoir d’agaçant cet enthousiasme de gamin follet qui importune les passants sur la plage pour leur montrer les fascinants coquillages qu’il a trouvés. Pardonnez-moi, mais ceux-là sont vraiment beaux […]

Pourquoi les Anglais tiennent-ils tant à Gibraltar ?

Farouchement accrochés au Rocher de Gibraltar depuis que le traité d’Utrecht leur en donna la pleine et entière possession en 1713, les Anglais ne semblent pas plus disposés à se passer de leur enclave en mer Méditerranée après le Brexit qui les fera sortir de l’Union européenne qu’ils ne l’étaient avant. Un article de Georges-Gustave Toudouze (1877-1972), datant de 1923 et tiré des pages jaunies de ‘Je sais tout’, pourrait expliquer cet attachement…

  Un récent article de Courrier International l’affirme : le Brexit est susceptible de relancer les tensions séculaires entre Espagnols et Anglais autour de la possession de Gibraltar. Il se trouve que je suis récemment tombé, dans les pages toujours fascinantes d’une vieille reliure de Je sais tout, sur un article illustré, bien moins récent mais tout […]

Kallocaïne redux (2)

La nouvelle traduction française de ‘Kallocaïne’ entre en ce début avril véritablement dans le vingt-et-unième siècle avec la sortie de sa version numérique, désormais disponible sur le site de l’éditeur comme chez les revendeurs habituels. L’occasion de jeter un coup d’œil dans le rétro, avec un extrait de la préface que Margit Abenius donna à l’ouvrage lors de l’édition des œuvres complètes de Karin Boye en 1948, un digest des principales chroniques parues depuis la sortie de la nouvelle traduction, et deux critiques parues en 1948, lors de l’édition de la première traduction. Où l’on constate que ce roman intrigua et suscita l’enthousiasme dès l’origine.

  « Karin Boye a souvent dit de sa poésie qu’elle n’était destinée à plaire qu’à un petit nombre. Kallocaïne, pour sa part, connut un immédiat et large succès public lors de sa sortie en Suède à l’automne 1940. La critique y vit un roman d’idées d’une puissance peu commune, et l’on souhaita même qu’il puisse […]

Une page de prose de Georges Eekhoud

Je poursuis mon exploration des formes courtes du polygraphe belge d’expression française Georges Eekhoud (1854-1927). Après avoir dévoré toutes les kermesses (‘Kermesses’, ‘Nouvelles Kermesses’, ‘Dernières kermesses’), les textes éparpillés publiés de manière posthume (‘Proses plastiques’) ainsi qu’un autre, de jeunesse, singulier et fantastique (‘La danse macabre du pont de Lucerne’), après m’être délecté des délices fin de siècle et décadentes (‘Proses patibulaires’), me voici plongé dans le dernier volume qu’il me reste à découvrir (‘Mes communions’, le préféré, à juste titre, de Mirande Lucien, spécialiste et biographe de l’auteur) et dont la fin s’annonce bien trop proche à mon goût.

  Et là, cette nuit, entre deux nouvelles traitant de l’enfance malmenée sous des dehors bien différents (Le coq rouge et Des Angliers), voilà que les états d’âme d’une comtesse amoureuse font mes délices (La tentation de Minerve)… Elle est, la page qui suit, de celles devant lesquelles on tombe en arrêt, que l’on relit, […]

Les sociétés qui font notre admiration (mais auxquelles nous n’appartiendrons jamais)

7/7 Association pour le Sauvetage des Vieilles Personnes en Détresse dans le Trafic Londonien...

  On trouve, en ligne, très peu de renseignements sur ce dessinateur. À partir de sa signature d’artiste reproduite dans Punch ‒ A.T. Smith ‒, il m’a fallu pas mal d’obstination (et un peu de chance) pour reconstituer son nom complet : Alfred Talbot Smith. Sur cette base, on retrouve quelques originaux de dessins de presse […]