L’ouvrir pour ne pas crever

Le Syndicat des Écrivains de Langue Française, auquel j’appartiens, viens de signer, avec la quasi-totalité des organisations représentatives de nos professions, une lettre envoyée à la ministre de la Culture, au président de la République et autres Zautorités concernées. En guise de complément d’information à mon billet précédent, c’est avec grand plaisir que j’en reproduis le texte ci-dessous.

  Madame la Ministre Le Projet de Loi de Finances de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2018 prévoit une hausse de 1,7 % de la cotisation sociale généralisée (CSG) à compter du 1er janvier prochain. Cette augmentation importante de la CSG est toutefois compensée dès 2018 pour les salariés par une diminution des cotisations sociales de […]

Aujourd’hui à poil, demain au fond du trou ?

Autant vous prévenir, vous ne trouverez cette fois-ci dans l’antre de l’ours ni belles images, ni infos rares, ni vieux machins séduisants, ni bidules oubliés. Comme 260 000 écrivains, compositeurs, scénaristes, traducteurs, plasticiens, photographes, sculpteurs, peintres, dessinateurs qui vivent de leurs droits d’auteur, l’ours en a ras la casquette de jouer les dindons de la farce. Vous voilà prévenus, ceci est un coup de gueule. Je sais, ce n’est ni drôle ni sexy, et les écrivains comme les artistes sont là, paraît-il, pour faire rêver, émouvoir, raconter de belles histoires, gnagnagna… Sauf qu’à force de leur rendre la vie impossible, c’est leur existence même qui – à terme – pourrait être remise en cause.

  Je vais parler boutique, histoire de clarifier les choses – qu’on me pardonne. Voilà dix-sept ans que je suis devenu traducteur littéraire professionnel et ne vis plus que des droits d’auteur que me rapporte ma plume. Jusqu’à il y a peu, je n’avais pas à me plaindre de mon sort. Bon an mal an, […]

Du charme discret de la mésaction

Aujourd’hui, un mot m’est naturellement venu sous la plume : « mésaction », au sens de « mauvaise action ». Bien qu’il me semblât couler de source, à le relire je finis par éprouver quelque méfiance. Cette mésaction si évidente à mes yeux l’était-elle à ce point ?

  Mon Lexis Larousse quasi quarantenaire, auquel je me réfère comme le croyant à sa bible, en resta muet de stupéfaction. Le CNRTL, interrogé ensuite, me balança un lapidaire et définitif « Cette forme est introuvable ! ». Il me fallut creuser un peu plus loin dans les galeries de mine numériques pour exhumer un Dictionnaire des mots […]

Le point sur la sortie du premier numéro du Novelliste

L’ours danseur serait-il entré en hibernation précoce ? Ceux que la question intéresse se la posent peut-être en ne voyant plus les pages de ce blog régulièrement alimentées. La réponse est non. L’ours n’hiberne pas et n’est pas près de le faire cette année. Il bosse, et quasiment tout ce que son gagne-pain lui laisse de temps libre passe à la concrétisation de cette utopie un peu folle : la création d’une nouvelle revue. Le premier numéro du Novelliste, encore en chantier, n’a cependant jamais été aussi près de voir le jour. Revue de détail ci-dessous.

  Périodicité ? C’est décidé, Le Novelliste sera semestriel et paraîtra chaque année aux jolis mois de mai et novembre. La parution d’un roman à suivre imposait en effet une périodicité suffisamment rapprochée pour que les lecteurs ne désespèrent pas d’en connaître un jour la fin. D’autre part, une parution plus rapprochée était inenvisageable (deux numéros […]

Pensées centenaires de Karin Boye (8)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 26 août 1917, Karin Boye note dans son cahier : La valeur d’une bonne action ne dépend pas de ses conséquences, ni même de son but, mais de la volonté nécessaire pour l’accomplir, de l’importance du sacrifice des désirs égoïstes qui la rendent possible. Il est donc inadéquat de considérer les actes de la […]

Pensées centenaires de Karin Boye (7)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 25 août 1917, Karin Boye note dans son cahier : Seules deux choses sont nécessaires à notre bonheur : la paix et le grand amour universel désintéressé. Prochaine entrée le 26 août 2017 Source : Samlade Skrifter av Karin Boye, 11 – Varia, Albert Bonniers Förlag, Stockholm, 1949. Illustration : portrait promotionnel anonyme. © Leo Dhayer août […]

Pensées centenaires de Karin Boye (6)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 18 août 1917, Karin Boye notait dans son cahier : Il est possible que je n’aie pas d’humour. J’aime l’humour en quantités mesurées et utilisé aux bons moments, exactement comme une épice, mais tout comme je n’aimerais pas un plat composé uniquement de clous de girofle, je suis peu friande de l’humour débridé et […]

Pensées centenaires de Karin Boye (5)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 17 août 1917, Karin Boye notait dans son cahier : Un livre ne devrait jamais être lu dans de courts intervalles ou lorsque l’on doit satisfaire aux nécessités de la conversation ou de mille autres occupations mineures. Bien comprendre un livre nécessite de s’immerger en lui. Solitude, silence et tranquillité sont parfois indispensables à […]

‘Le Travail’, un autre poème de jeunesse de Lermina

À la demande générale, je ne résiste pas au plaisir d’extirper cet autre poème du jeune Jules Lermina (1839-1915) des entrailles de Gallica où il croupissait. Moins intimiste que le précédent, plus lyrique (et même, à la limite, métaphysique – quelle horreur !), il révèle en alexandrins une autre facette de ce sacré bonhomme que vous n’avez pas fini (autant vous prévenir) de croiser dans les parages.

  Lorsque dans l’infini, Dieu, qui songeait, voulut Créer un monde, où comme en un livre se lut Sa grandeur, il leva la main et la Genèse Bouillonna, comme sort l’airain de la fournaise. Mais, devant l’œuvre immense arrêtant son effort Un instant, Dieu rêva : par quel levier le maître, Animant le néant, allait-il créer […]

Illusions, un poème de jeunesse de Jules Lermina

Comme nombre d’écrivains de son temps, Jules Lermina (1839-1915) fut poète avant de devenir novelliste et romancier. Ce poème extirpé des entrailles de Gallica, publié alors qu’il avait 23 ans, en est un témoignage touchant et qui reste fort lisible aujourd’hui. La désillusion dont il témoigne est étonnante, de la part d’un homme fortement engagé politiquement, un syndicaliste actif notamment pour faire respecter le droit des auteurs, et qui resta toute sa vie un militant qui n’avait pas renoncé à changer le monde.

  J’avais une gentille cage Que je voudrais avoir encor, Où babillaient d’un doux ramage Des colibris à plume d’or. Ils disaient de si belles choses, Que, rêveur, le front dans la main, Les bras croisés, paupières closes, Je m’enivrais du lendemain. Ils chantaient l’amour de la femme, L’amitié, l’espoir, le désir ! Ils disaient que […]