OL’CHAP 2, La machine récalcitrante, Adeline Knapp

Adeline Knapp (1860-1909), journaliste, activiste et romancière américaine, n’est restée dans les mémoires que pour de mauvaises raisons (sa liaison orageuse avec la militante féministe Charlotte Perkins Gilman, notamment) et n’a jamais été traduite dans notre langue. C’est ce manque que se propose de réparer ce numéro d’OL’CHAP, en mettant à la disposition des lecteurs français quelques-unes des nouvelles représentatives de sa première manière : sociale, revendicative et réformatrice. Loin de se cantonner à la littérature engagée, la dame avait bien d’autres facettes (ses meilleures pages relèvent de ce que l’on appelle de nos jours le ‘nature writing’). D’autres publications, sur Redux ou ailleurs, permettront à l’avenir de les explorer.

La machine récalcitrante, par Adeline Knapp, OL’CHAP2, automne 2017 (trad. Leo Dhayer, couverture Jef Benech)

Huit nouvelles inédites en français :

Deux copains (Two chums, sketches from life), San Francisco Call, 7 août 1892.
Le malade (The sick man, a fable for grown-up boys and girls), extrait du recueil One thousand dollars a day, The Arena Publishing Co, 1894.
La grande idée (The Idea), San Francisco Call, 28 juillet 1895.
La machine récalcitrante (The discontented machine, an economic study), extrait du recueil One Thousand dollars a day, The Arena Publishing Co, 1894.
Le traîne-misère (The wealer, a story of the times), The Arena Magazine, mai 1895.
La dignité par le travail (The dignity of labor, a sketch from life), The Arena Magazine, janvier 1895.
L’altruiste (The altruist), San Francisco Call, 11 août 1895.
Le sommeil de la Terre (The earth slept, a vision), extrait du recueil One thousand dollars a day, The Arena Publishing Co, 1894.

Phase actuelle : traductionrelecture, mise en pages, impression, assemblage, façonnage, expédition
Réservations : 32 copies seront fabriquées, 20 sont déjà réservées, il en reste 12 à disposition.

Pour se faire une idée, incipit de la nouvelle Le traîne-misère :

Peter Hinson, ouvrier en usine,  était un homme stable, qui faisait un bon travailleur. Il occupait depuis vingt-deux ans le même emploi et avait toujours gagné correctement sa vie. Marié, il vivait dans une petite maison – de location, naturellement ; il avait fondé une famille trop nombreuse pour avoir pu se permettre d’en acheter une, mais c’était là un foyer confortable. Il avait épousé une femme économe et industrieuse. Ses enfants allaient à l’école. Le couple avait plus d’une centaine de dollars à la banque.

Un jour, le propriétaire de la fabrique où travaillait Peter rassembla ses ouvriers pour leur faire un petit discours. C’était un homme juste et bon, que tous aimaient et respectaient. De toute sa carrière, il n’avait jamais taillé dans les salaires, même quand les temps étaient durs. Il apprit à ses hommes que l’usine allait fermer. La charge de travail n’était pas en cause : les machines tournaient à plein rendement. Il était désolé d’avoir à leur apprendre cette mauvaise nouvelle, mais il ne pouvait faire autrement. L’entreprise avait intégré un cartel dont les membres avaient uni leurs forces. Tous avaient pensé que ce serait une bonne chose de mutualiser les intérêts des propriétaires, et lui-même avait été de cet avis. Le cartel avait pris la décision de concentrer ses efforts en limitant la production. Par un vote, c’était leur usine qui avait été vouée à la fermeture, ce dont il était extrêmement désolé pour chacun de ses deux cents salariés. Il espérait qu’ils trouveraient sans tarder à se faire embaucher ailleurs. Fort heureusement, on était encore en été ; ils auraient plusieurs mois, avant l’arrivée de l’hiver, pour aboutir dans leurs recherches. Il n’en était pas moins chagriné de devoir interrompre la si longue relation qui s’était établie entre lui et son personnel, et davantage encore d’avoir à leur faire ses adieux.

Sa voix s’était brisée en prononçant ces derniers mots. Il avait été fier de son usine. Il détestait devoir à présent en fermer les portes, même si ce changement n’entraînerait aucune baisse de ses revenus. Membre du comité directeur du cartel, il bénéficiait du partage des profits dégagés par celui-ci ; c’était pour ses hommes qu’il était malheureux. Il serra la main de chacun d’eux tandis que tous passaient à la caisse pour y percevoir leur dernière paye.

Une envie de recevoir l’une 12 copies encore disponibles ?
Un commentaire ci-dessous ou un message au taulier et le tour est joué…

Photo d’illustration : Lewis Hine, 1920, Power house mechanic working on steam pump (doc Wikipedia).

9 commentaires sur “OL’CHAP 2, La machine récalcitrante, Adeline Knapp

      1. Vi (sic). J’sais, mais ça m’amuse. Et je ne loupe jamais l’occasion de m’amuser, même si ce n’est pas très malin. ^^

    1. Je suis en retard, c’est la vie. Mais comme pour Un chien des Flandres, j’ai prévu un petit bonus pour faire patienter qui sera en ligne ici-même le 15 janvier… 🙂

  1. Bonsoir Léo, je vous ai retrouvé depuis votre départ de Facebook… Je suis intéressé par ce texte, mais ce serait pour un ami metteur en scène que ce texte engagé va intéresser si cela vous agré. Son nom est Lionel Armand.Merci d’avance et bon courage pour la traduction!

    1. Bonsoir Jean-Michel. En tant qu’abonné, vous allez recevoir ce numéro d’OL’CHAP. Si vous souhaitez que j’envoie un autre exemplaire à votre ami, pas de problème, il suffit de me faire parvenir ses coordonnées (dans la rubrique contact, ou par mail leo(dot)dhayer(at)laposte(dot)net. A moins que vous ne préfériez que j’envoie les deux à votre adresse, dites-moi. Merci encore de votre intérêt et à bientôt ! (Rendez-vous notamment le 15 janvier, sur ce blog, pour la mise en ligne d’une première nouvelle inédite en français d’Adeline Knapp.)

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