Hommage au dessinateur inconnu…

… qui permit, voilà plus de 110 ans, au Novelliste de trouver l’image de couverture qu’il lui fallait pour son premier numéro. Dans la précipitation du bouclage, celle-ci n’est pas sourcée en bonne et due forme là où il l’aurait fallu. Rendons par conséquent au ‘Petit Journal’ ce qui appartient à l’artiste talentueux que cette éminente publication début de siècle n’a pas jugé utile de créditer.

 

C’est à la dernière page du supplément illustré du Petit Journal daté du dimanche 12 février 1905 (n° 743) que l’on trouve l’image en couleurs sous-titrée « L’agitation russe à Paris : explosion d’une bombe avenue de la République ». Il faut en revanche aller chercher en page 2 (numérotée 50) la notule relatant ces événements explosifs, qui permet de vérifier que l’illustrateur inconnu auquel le Novelliste rend hommage a consciencieusement illustré les faits, jusqu’à la bandoulière cassée du fusil brisé d’une des victimes. Quant à l’entrefilet (anonyme lui aussi), je vous en laisse l’appréciation en le livrant ci-dessous in extenso, tout en précisant, pour situer le contexte, que ce journal très populaire était censé être « apolitique ».

« C’est à la suite d’un meeting tumultueux organisé au Tivoli-Vaux-Hall par différents groupements socialistes et révolutionnaires, pour protester contre les événements récents de Saint-Petersbourg, que s’est produit cet attentat aussi odieux que criminel.

La foule, excitée par les discours d’une violence inouïe des beaux parleurs de la Sociale, s’était répandue dans les rues, au sortir du meeting, en chantant l’Internationale et en conspuant le Tsar de Russie.

Cependant, la sortie s’était effectuée sans incidents notables ; et le service d’ordre, dirigé par le préfet de police en personne, était parvenu à canaliser les manifestants quai de Valmy et avenue de la République, lorsque tout à coup, vers minuit moins dix, une épouvantable explosion retentit.

En face du n°13 de l’avenue de la République, une bombe venait d’éclater, projetant dans toutes les directions des balles de revolver et de gros clous à tête ronde que l’on emploie pour ferrer à glace les grosses chaussures.

Deux soldats de la garde républicaine, qui prenaient part au service d’ordre, les garde Etienne Bonnet et Jean Montagne, furent grièvement atteints, l’un au genou gauche, l’autre à la main et au bras droits. Un troisième eut son fusil brisé entre ses mains. Trois civils, deux hommes et une femme, furent également blessés.

Tandis que se produisait cet attentat, un autre crime du même genre, dirigé contre la personne du prince Troubetzkoï, échouait heureusement. Le prince, en rentrant chez lui, rue d’Argenson, vers une heure du matin, trouvait à la porte de son hôtel une bombe qui, par bonheur, n’avait pas éclaté.

Le mouvement politique et social qui agite en ce moment la Russie va-t-il avoir chez nous de pareils contre-coups ? Allons-nous revoir sous l’effort antipatriotique des leaders avides d’assiette au beurre, les Jaurès, les Briand, les Pressensé, etc., l’ère des attentats anarchistes, l’ère de terreur et d’anxiété qui, naguère, pesa si cruellement sur Paris ?

Il importe que la population parisienne soit promptement rassurée sur ce point. Anarchistes, nihilistes, doivent être surveillés de près et mis hors d’état de nuire.

Il faut, surtout, que l’on impose silence aux agitateurs des clubs et de la rue, aux rhéteurs passionnés dont l’éloquence criminelle, en prêchant la révolte et la haine, arme la main des meurtriers. »

 

 

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