Kallocaïne, ce sont ses lecteurs qui en parlent le mieux

Entre les intentions qui conduisent un traducteur à faire des choix (car la traduction est principalement une affaire de choix), et leur réception par le lecteur qui ne les perçoit pas toujours ou ne prend pas la peine de le signaler, il y a un gouffre. Et lorsque par exception ce gouffre est comblé grâce à une lectrice qui prend la peine d’exprimer son ressenti non seulement sur sa lecture mais aussi sur les intentions du traducteur, en le remerciant, le traducteur fier comme un pou s’empresse de relayer la bonne nouvelle sur son blog. Merci Sophie !

  Dans la veine des autres romans dystopiques classiques de la première moitié du XXème siècle, on est dans un monde où l’Etat Mondial a un œil et une oreille partout, jusque dans les chambres. Un monde où on évite de parler quand on se trouve dans un endroit où les micros ne captent pas […]

Kallocaïne redux (suite)

Reçu aujourd’hui un exemplaire du cinquième tirage de ‘Kallocaïne’, avec une quatrième de couverture remaniée. Au dixième, c’est promis, j’arrête de compter… Pour fêter ça, cadeau, une des scènes capitales du roman

  À l’issue d’un interrogatoire particulièrement éprouvant – le premier jour, qui plus est, juste avant la pause de midi –, celui d’un vieil homme qui délirait à propos d’envies de meurtre, bien qu’il n’en eût jamais commis et n’en commettrait probablement jamais, je ne pus m’empêcher de laisser libre cours à mon désarroi. En me tournant […]

Pensées centenaires de Karin Boye (4)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 12 juin 1917, Karin Boye notait dans son cahier : La nature ressemble à un miroir. L’humeur qu’elle nous inspire n’est qu’un reflet de notre état d’esprit. Une âme pacifique trouvera la paix dans la tempête aussi. À l’esprit anxieux, les bruits vespéraux les plus doux seront lourds de menaces. Et qui n’aime pas […]

Kallocaïne en tirage limité hard-cover hors commerce

C’est un chouette volume relié sous jaquette quadri pelliculée, tiré à une soixantaine d’exemplaires. Vous ne le trouverez nulle part en librairie, car l’éditeur en a fait un tirage limité hors commerce destiné à récompenser les souscripteurs d’une de ses opérations promotionnelles. Outre le contenu intégral de l’édition courante, on y trouve la traduction inédite d’un article de Karin Boye intitulé ‘Les grands livres de mon enfance’ et un portrait photographique de l’auteur. Venir vous le présenter ici n’est pas pur sadisme de ma part. Je tenais simplement à ce qu’il en reste une trace quelque part, mais également à partager avec vous un extrait du bonus qui ne reparaîtra sans doute pas ailleurs avant plusieurs années.

  Min barndoms roliga böcker (Les grands livres de mon enfance) est un texte autobiographique écrit par Karin Boye au cours du premier semestre 1921 (elle avait donc vingt et un ans et n’avait pas encore publié son premier recueil de poèmes, Moln, qui ne devait paraître qu’un an plus tard). Il a connu une […]

Pensées centenaires de Karin Boye (3)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Hier, 7 juin 1917, Karin Boye notait dans son cahier : Une confiance mutuelle sans réserve est la condition sine qua non d’un échange fructueux. Pour que celui-ci ait la moindre utilité, il faudrait que les deux parties ressentent spirituellement l’impression de se serrer la main. À défaut d’une telle entente, la compréhension s’amoindrit, entravée […]

Pensées centenaires de Karin Boye (2)

Un siècle jour pour jour après leur rédaction, traduction des notes rassemblées par la toute jeune Karin Boye dans son « recueil de pensées ».

  Aujourd’hui, 8 mai 1917, Karin Boye écrit dans son cahier : Chacun devrait passer quotidiennement un instant à se recueillir. Que l’on croie en Dieu ou pas, qu’on espère en une vie après la mort ou non, cela importe peu. Il suffit de faire la paix en soi-même, d’écarter toute autre pensée pour ne laisser […]

Pensées centenaires de Karin Boye

Le 17 avril 1917 est un mardi, en Suède comme ailleurs. Karin Boye, alors âgée de seize ans et demi, ouvre un cahier et inscrit « TANKEJOURNALEN » en haut de la première page, en capitales déterminées. D’autres jeunes filles décideraient d’entamer un journal intime pour y noter les détails secrets de leur jeune vie bourgeonnante. Quant à elle, ce sont les pensées qui se bousculent sous son crâne ‒ parfois lumineuses, parfois étranges ‒ qu’elle décide de consigner.

  Peut-être a-t-elle déjà décidé de devenir écrivain et sait-elle qu’il vaut mieux ne pas laisser filer ces fulgurances susceptibles de constituer les premiers matériaux de ses travaux. Peut-être, tout simplement, agit-elle instinctivement, sans trop savoir pourquoi. Quoi qu’il en soit, durant cinq années, jusqu’au 19 avril 1922, elle se pliera à cet exercice, non […]

Kallocaïne redux (2)

La nouvelle traduction française de ‘Kallocaïne’ entre en ce début avril véritablement dans le vingt-et-unième siècle avec la sortie de sa version numérique, désormais disponible sur le site de l’éditeur comme chez les revendeurs habituels. L’occasion de jeter un coup d’œil dans le rétro, avec un extrait de la préface que Margit Abenius donna à l’ouvrage lors de l’édition des œuvres complètes de Karin Boye en 1948, un digest des principales chroniques parues depuis la sortie de la nouvelle traduction, et deux critiques parues en 1948, lors de l’édition de la première traduction. Où l’on constate que ce roman intrigua et suscita l’enthousiasme dès l’origine.

  « Karin Boye a souvent dit de sa poésie qu’elle n’était destinée à plaire qu’à un petit nombre. Kallocaïne, pour sa part, connut un immédiat et large succès public lors de sa sortie en Suède à l’automne 1940. La critique y vit un roman d’idées d’une puissance peu commune, et l’on souhaita même qu’il puisse […]

Kallocaïne redux

19 janvier 2017. Un an après sa sortie, la nouvelle traduction française du chef d’œuvre intemporel de Karin Boye (paru en 1940, au plus fort d’une des périodes les plus noires de l’histoire), revient en force dans les librairies avec son quatrième tirage. L’occasion d’un bilan ? Pourquoi pas. Et aussi de quelques remerciements. Avec en prime la traduction d’extraits d’une importante lettre de Karin Boye rédigée peu avant la sortie de son roman.

  Le pari de retraduire et rééditer en poche, à un prix abordable pour tout un chacun, un chef d’œuvre suédois mal connu de la dystopie n’avait a priori rien d’un rendez-vous assuré avec le succès. Le courageux éditeur (André-François Ruaud, boss des Moutons électriques) et votre humble serviteur (traducteur transi d’admiration pour l’œuvre de […]

Från Dig Stal De Tanken, Orphan Ann, sur un quatrain de Karin Boye

La poésie de Karin Boye continue d’inspirer les jeunes générations de musiciens. Dans un registre ‘noise, acid techno, minimal techno’, ce morceau d’Orphan Ann n’en est que l’ultime illustration en date. Le quatrain répété en boucle est extrait de ‘De sju dödssynderna’ (Les sept péchés capitaux, 1942), ultime recueil de poèmes (posthume) de l’auteure de ‘Kallocaïne’.

  Från dig stal den tanken? — Du skrämmer mig, hädare. Den som vill äga anden är andens förrädare. Djupt måste själen böjas att stiga i riket in. Du kanske kan bli sanningens — men sanningen aldrig din. On t’a volé tes pensées ? – Blasphémateur ! Tu m’effraies… Qui veut s’approprier l’esprit n’est que traître à […]